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lundi 9 avril 2018

Ceux-là et les Autres

le Port de Bordeaux




Ceux-là - sont nés dans un port – les autres pas. Ceux-là ont eu dans leurs oreilles, dès qu’elles s’ouvrirent au bruits du monde, les sirènes des bateaux, la plainte lugubre des cornes de brume les nuits de novembre. Ils ont vu tourner sur les quais les grandes ailes des grues, qui arrachaient du ventre des navires les chargements de bananes, de café, d’arachides. Ils savaient que le temps aller changer à la prochaine marée, et en toute innocence ils parlaient des bittes - avec deux T - où s’enroulent les cordages des bateaux.

Où que la vie les entraîne, ils ne peuvent oublier le cliquetis des haubans, le claquement d’une voile qui s’ouvre, le clapotis de l’eau contre les digues. Ils savent que le phare s’éveille à la tombée du jour, pour lancer toute la nuit un chemin lumineux entre les hommes de la terre et ceux de la mer.

Ceux-là, et j’en suis, ne serons jamais d’autre part que d’un rivage perdu. Mais si vous les mettez dans n’importe quelle ville maritime, où ils ne sont jamais allés – ils vont flairer le vent, regarder le ciel, et vous dire avec aplomb - : la mer, c’est par là. Et ils se trompent rarement.

Si la vie les arrache à leur monde, à leurs rêves, ils vont survivre bien entendu. Ils vont apprécier à leur juste valeur tout ce que la terre des terriens offre de beau et de splendide. Mais si vous avez l’oreille fine, vous les entendrez soupirer qu’ils préfèrent la mer.

Ceux-là ont un secret bien gardé. Lorsqu'ils pleurent, ils savent que du bout de la langue ou du doigt, ils peuvent cueillir quelques gouttes d’eau salée venues de leur mer intérieure. Les Autres pas.




























dimanche 11 mars 2018

Chevaucher la vie...

Massif du Pelvoux - photo fabian da costa





Chevaucher la vie comme un indien des plaines chevauche son cheval - ni selle ni étriers, et encore moins de cravache.

La tenir ferme entre les genoux, ni trop ni trop peu. Suivre la courbe du chemin, le sens du vent, l'odeur de la terre.

Chevaucher comme un indien des plaines et ne faire qu'un avec le rythme du temps, jusqu'au bout de l'horizon, là-bas où l'on ne sait pas, où l'on ne sait plus.

samedi 3 mars 2018

Il est grand temps de rallumer les étoiles

Etoiles de Noël au Kérala - photo fabian da costa



Les étoiles mouraient dans ce beau ciel d'automne
Comme la mémoire s'éteint dans le cerveau
De ces pauvres vieillards qui tentent de se souvenir

Nous étions là mourant de la mort des étoiles
Et sur le front ténébreux aux livides lueurs
Nous ne savions plus que dire avec désespoir 

ILS ONT MÊME ASSASSINÉ LES CONSTELLATIONS 

Mais une grande voix venue d'un mégaphone
Dont le pavillon sortait
De je ne sais quel unanime poste de commandement
La voix du capitaine inconnu qui nous sauve toujours cria

IL EST GRAND TEMPS DE RALLUMER LES ÉTOILES

guillaume Apollinaire, 1917